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Le communautaire à boutte ! Le Complexe culturel solidaire au boutte !

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24 March 2026
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Le communautaire à boutte ! Le Complexe culturel solidaire au boutte !

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Si vous suivez l’actualité, vous savez que le mouvement « Le communautaire à boutte » prend de l’ampleur. Né à Shawinigan et à Mékinac, le mouvement a été soutenu dès les premiers instants par les organismes Latuquois et est maintenant présent dans toutes les régions du Québec. Ensemble, ils luttent pour des conditions de travail décentes et un financement à la hauteur du communautaire.

En soutien avec la Corporation de développement communautaire de La Tuque (CDC La Tuque) et ses organismes membres, l’équipe du Complexe cultruel Félix-Leclerc a décidé de rendre disponible virtuellement l’exposition Mieux vivre ensemble présenté l’hiver dernier qui met en lumière certains organismes communautaires qui travaillent jours après jour afin de dénoncercertaines inégalités invisibles, mais bien visibles dans leur quotitien.

Prenez le temps de lire tous ces textes. Prenez le temps devoir ces photos. Prenez le temps d’analyser ces visages. Prenez le temps de voir ces témoignages prendre vie.  

Un grand merci à Frédérik Letendre de nous avoir donné son accord afin de diffuser ses photos et ses textes.



Ville de La Tuque - Crédit photo : Frédérik Letendre


Le Toit de l'Amitié - Crédit photo : Frédérik Letendre

Témoignage #1 - Le Toit de l'Amitié

« Depuis des années, j’accompagne des femmes qui arrivent ici en plein passage, un moment de crise, de confusion, de rupture, parfois après une relation amoureuse qui a pris toute la place. Notre maison, c’est un lieu temporaire, mais essentiel. Un espace où une femme peut enfin respirer, se déposer et se reconstruire sans être jugée.

Le centre existe depuis 1979. À l’époque, on accueillait toutes les femmes. Avec le temps, on s’est spécialisé auprès de celles qui vivent de la violence… mais pour moi, la violence n’a jamais besoin d’être spectaculaire pour être prise au sérieux. La femme arrive ici avec ce qu’elle porte, sa fatigue, sa peine, sa peur, ses doutes. Et c’est ça, avant tout, qu’on accueille.

Beaucoup de femmes pensent qu’elles sont brisées quand elles arrivent. Qu’elles auraient dû être “plus fortes”. Mais elles ne sont pas le problème. Le vrai problème, c’est le moule dans lequel la société essaie de les faire entrer : sois douce, sois correcte, sois discrète, ne dérange pas. Moi, mon travail, c’est de déconstruire ça, doucement, pour qu’elles puissent reconstruire quelque chose qui leur appartient pour vrai.

Je leur rappelle tout le temps : “ Un être humain, c’est un être humain. Pas un cadre, pas une catégorie, pas une étiquette.“ Ce qu’elles vivent ici, ce n’est pas de la faiblesse, c’est un moment humain.

Certaines reviennent plusieurs fois. Pas parce qu’elles échouent. Mais parce que sortir d’un cycle de violence, c’est long, c’est complexe, c’est un travail intérieur qui se fait souvent en plusieurs passages. Revenir, c’est tenir assez longtemps pour revenir chercher ce dont tu as besoin.

Notre approche est féministe, dans le vrai sens du mot : redonner du pouvoir, valider le vécu, briser la honte, permettre à une femme de redevenir le centre de sa propre vie. C’est de l’autonomisation, pas de la réparation forcée.

On a six chambres, une chambre familiale et un espace commun où, souvent, des parcelles de guérison se passent entre deux femmes qui se reconnaissent. Certaines restent sept jours. D’autres plusieurs mois. On laisse le temps faire son travail.

Mais notre action ne reste pas entre ces murs. On sort dans les écoles pour parler de rapports de force, on sensibilise, on travaille avec la communauté, on offre un service externe pour les femmes qui ne peuvent pas se déplacer, on intervient même dans les milieux de travail, parce que la violence suit partout, et que tout le monde a droit à un endroit sécuritaire.

Dans tout ça, mon rôle, c’est d’être accueillante, communautaire, humaine. D’offrir un espace où la femme n’a pas à prouver sa souffrance pour être aidée. Ici, la porte d’entrée, ce n’est pas la violence extrême. La porte d’entrée, c’est elle, peu importe où elle en est dans sa vie.

Accompagner des femmes à travers leurs blessures, leurs peurs, leurs retours en arrière, leurs moments de courage… c’est un privilège. Je marche un bout avec elles, le temps du passage. Juste assez pour qu’un jour, elles se rendent compte qu’elles peuvent marcher seules… et qu’elles en avaient toujours été capables. »

- Ginette Girard, directrice du Toit de l'Amitié

Hunter - Crédit photo : Frédérik Letendre

Témoignage #2 - Amélie, maman de Hunter

« On parle d’autisme depuis les années 90, mais la vérité, c’est qu’on ne sait pas vraiment. On ne comprend pas toujours ce que ça implique, ni à quel point chaque enfant est unique.

Hunter, lui, est non verbal. Mais à mes yeux, il est parfaitement normal. C’est nous, les grands, qui avons oublié comment voir le monde autrement.

Quand il dit “chalut”, son mot à lui pour dire salut, tout s’illumine. Il vit ses émotions multipliées par six. La joie, la peine, la peur… tout est amplifié, tout est intense. Et pourtant, c’est ce qui le rend tellement vivant.

C’est un petit indépendant, débrouillard comme pas un. Il aime s’auto-rassurer, souvent avec sa manche dans la bouche. C’est son moyen à lui de trouver du réconfort. Et il est toujours, toujours fidèle au moment présent. Hunter ne pense pas à demain ni à hier. Il vit ici, maintenant.

C’est une petite vedette dans notre coin. À La Tuque, tout le monde le connaît un peu. On est chanceux, parce que c’est un petit milieu bienveillant. Le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI) nous a beaucoup aidé même avant son diagnostic officiel, on avait déjà accès à des ressources. Quand on a reçu le diagnostic, il y a deux ans, ça nous a ouvert encore plus de portes.

On a eu droit à des techniciennes en éducation spécialisée qui venaient à la maison, qui prenaient même l’autobus avec lui. C’est précieux, ça. Parce que, tu sais, on dit souvent qu’il faut tout un village pour élever un enfant. Mais quand ton enfant est autiste, bien souvent… le village disparaît. Heureusement, certaines personnes restent. Les filles du CRDI, elles, aident à expliquer, à sensibiliser.

Hunter a ses passions du moment: les chats, les dinosaures, le coloriage… et ces temps-ci, c’est Luigi, son grand ami de Super Mario Wonder. Il adore l’électronique. Chez nous, ça crie, ça rit, ça vit fort. Si vous passez devant la maison, vous allez l’entendre, c’est sûr.

Je prévois tout, tout le temps. Chaque détail. Par exemple, son coiffeur : c’est toujours le premier ou le deuxième rendez-vous du matin, vers 7 h. Comme ça, il n’y a pas trop de monde, pas trop de bruit.

On participe aussi aux activités d’Autisme Mauricie, même si la plupart sont plus vers Trois-Rivières. Et le groupe Arc-en-ciel du Boucamp nous a beaucoup aidé aussi. Ces organismes font une vraie différence, pas seulement pour nous, mais aussi pour ceux qui apprennent à comprendre.

Parce que oui, certains événements ou organismes ne savent pas toujours comment accueillir un enfant TSA. Mais quand ils croisent Hunter, quand ils voient sa lumière, sa façon unique d’être au monde… ça les conscientise.

Avec Hunter, chaque jour est une aventure. C’est parfois long, parfois exigeant. Mais chaque petite victoire vaut de l’or. »

- Amélie, maman de Hunter

CAB - Crédit photo : Frédérik Letendre

Témoignage #3 - Mathilde*

« Je suis mère monoparentale de deux enfants. Ça fait maintenant quinze ans que je vis à La Tuque. Avec le temps, j’ai appris qu’on ne se nourrit pas seulement avec de la nourriture, on se nourrit aussi de relations. Ça fait du bien de voir du monde. On a tous nos particularités, mais au fond, on cherche tous la même chose : un peu de soutien, un peu de chaleur humaine.

La première fois que je suis venue chercher de l’aide alimentaire, j’osais même pas rentrer. J’accompagnais quelqu’un et, finalement, j’ai réalisé que moi aussi je rentrais dans les conditions. Ça demande beaucoup d’humilité d’oser traverser cette porte-là. On dirait qu’on a peur d’être jugé, alors que tout le monde vit quelque chose. Ma situation est particulière, comme celle de bien du monde.

En étant bénévole au CAB, j’ai vu l’envers du décor. Les bénévoles veulent aider, les gens veulent s’en sortir, et chacun fait de son mieux pour ne pas marcher sur les pieds des autres. Quand les camions arrivent, on voit tout ce qui se partage, tout ce qui circule. Ça rappelle qu’on est tous dans le même bateau.

Je pense que les gens qui viennent ici ne viennent pas juste chercher un sac de nourriture. Ils viennent parler, être écoutés, retrouver un contact humain. Les bénévoles aussi. Tout le monde ressemble à tout le monde, finalement. On a tous besoin de se sentir à sa place.

Pour moi, un repas, c’est sacré. On remercie ce qu’on reçoit, un peu comme les peuples autochtones qui remercient la nature. L’alimentation, c’est de la communion et du partage. Souvent, les aliments deviennent juste un prétexte pour venir chercher ce dont on a vraiment besoin : être vu, être accueilli, être un peu moins seul.

On juge facilement ce qu’on ne connaît pas. On pense savoir, mais en vérité, on ne sait jamais l’histoire complète. On porte tous des blessures, un passé, quelque chose qui nous dépasse parfois. On est tous dilués dans nos origines, notre histoire collective, nos combats personnels.

Être ici, à La Tuque, c’est une chance pour moi. La nature, l’air, l’espace… ça nous tient debout. Ça me rappelle que malgré tout, on avance ensemble. On mange, on parle, on partage.

C’est ça, l’alimentation : un geste simple qui nous rassemble. »

- Mathilde* *nom fictif

CAB - Crédit photo : Frédérik Letendre

Témoignage #4 - Carrefour d'action bénévole (CAB)

« Tu sais… quand je pense au Carrefour d’action bénévole (CAB) aujourd’hui, j’ai presque le vertige. Avant, on rejoignait 120 familles aux deux semaines. Maintenant, on est rendu à 200 familles par semaine. Et ça, c’est 200 représentants par famille… ce qui veut dire qu’en réalité, on nourrit beaucoup plus de bouches que ça. Quand tu prends le temps d’y penser, ça te rentre dedans. Tu réalises l’ampleur du besoin, pis comment tout ça a changé vite.

On fait tellement de choses ici que parfois, j’oublie moi-même tout ce qu’on porte : la popote roulante, la centrale alimentaire, les impôts, les transports médicaux, les conseils d’administration… On soutient aussi le Toit de l’Amitié, les Travailleurs de rue, puis on dépanne tout le secteur de Parent. C’est vaste, c’est intense, mais on le fait parce que si nous on le fait pas… qui va le faire?

Chaque mardi et jeudi, on prépare plus de 200 repas. Deux cents. Pis quand tu les vois alignés, un après l’autre, c’est impossible de ne pas penser aux personnes derrière : les histoires, les défis, les journées trop longues, la fatigue, l’espoir aussi. C’est là que ça cogne le plus fort.

Pour l’aide alimentaire, oui, on a des critères, salaire sous 31 000 $, preuve de résidence… Mais honnêtement, personne n’arrive ici par choix. Ça, tu le sens immédiatement et on porte ça avec eux.

Nous, on n’est pas des intervenants. On est formés pour donner, pas pour intervenir. Mais ce qu’on voit, ce qu’on entend à tous les jours… c’est souvent plus grand que nous autres. Depuis qu’on est au centre-ville, la détresse est plus visible. Les enjeux de santé mentale… c’est devenu une partie de notre quotidien.

À La Tuque, il y a énormément d’organismes. C’est comme ça qu’on tient : en se parlant, en s’aidant, en essayant de ne plus travailler chacun dans notre coin. On n’a plus le luxe de faire ça en silo.

Pis je vais te le dire franchement : j’aime pas la paperasse. Je suis une fille de terrain. Je veux être avec le monde, pas derrière un écran. Mais il y en a beaucoup, de la gestion… beaucoup trop, parfois.

Notre clientèle, elle est tellement diversifiée : un tiers immigration, un tiers autochtone, un tiers latuquois “comme vous et moi”. Pis malgré tout ce qu’ils vivent, malgré tout ce qu’on porte avec eux… je te jure, il y a encore de la lumière ici. Les gens qui travaillent au CAB… oui, on est fatigués, oui, ça brasse. Mais on est heureux d’être là. Parce qu’on sait qu’on fait une différence, même si c’est juste pour une personne aujourd’hui. Même si c’est un repas, un transport, un sourire. Ça compte.

Ça compte vraiment. »

- Patricia St-Arnaud, directrice générale du Carrefour d’Action Bénévole (CAB)

Chantale - Crédit photo : Frédérik Letendre

Témoignage #5 - Chantale

« Je m’appelle Chantale, j’ai 61 ans, et depuis que je suis venue au monde, j’ai un problème rare aux yeux. Quand j’étais petite, les médecins ne savaient pas trop quoi faire avec ça.

À l’école, ç’a n’a pas toujours été facile. J’étais vraiment bonne, j’apprenais vite, je voulais réussir… mais quand je suis arrivée à La Tuque, ils m’ont tout de suite mise dans des classes spéciales sans même me parler, sans même essayer de me connaître. Ils m’ont jugée juste à cause de mes yeux.

Et ça, je trouve ça tellement dommage. Qu’on catégorise les gens à cause d’une différence — que ce soit physique, intellectuelle, n’importe quoi. Ça coupe les ailes avant même qu’elles aient la chance de s’ouvrir. Ça m’a brimée dans ma vie, ça m’a empêchée d’aller plus loin à certains moments. Pourtant, j’étais intelligente. Je le suis encore. J’ai accompli plein de choses… mais j’aurais aimé qu’on me laisse la chance de le montrer plus tôt.

Heureusement, j’ai rencontré des bonnes personnes. Le directeur, M. Raoul Maillet, lui, il a vu quelque chose en moi. Il m’a donné ma chance. Grâce à lui, j’ai même été présidente de ma classe. Quand les gens prenaient le temps de me connaître pour vrai, ils me traitaient comme tout le monde.

En vieillissant, ma vue a continué à baisser. Mon oeil droit ne fonctionne plus, et avec l’autre, je ne vois plus les petits détails.

Lire les prix, les petites écritures, placer les choses comme il faut… c’est devenu compliqué. Dans la rue, les lumières, les stops… quand le monde est pressé, je perds le fil. Mais ça veut pas dire que je ne suis pas capable, je fais juste les choses à ma manière.

Pour essayer d’améliorer ma vue, j’ai voyagé un peu partout dans le monde. Des traitements, des injections, des tests, encore et encore. J’ai été un “cas” toute ma vie. À un moment donné, j’ai fini par dire : “C’est assez. Je veux plus être un cobaye.”

Aujourd’hui, je fais avec ce que j’ai. J’utilise ma loupe, je prends mon temps, pis j’avance comme ça.

La Source m’aide beaucoup. Ils m’accompagnent avec mes factures, mon courrier, mes papiers. Ils m’aident à garder mon autonomie. Juste savoir que quelqu’un est là, ça fait une différence.

Dans mes journées, j’aime faire des lavettes, écouter de la musique, la télé, surtout le sport. Quand j’étais jeune, je jouais au volleyball et au basketball. J’aimais ça bouger. Maintenant, je vis aux appartements Libère-Toit. Je pensais que ça allait être bruyant, trop mouvementé… finalement, c’est tranquille, pis ça me fait du bien. Je suis bien là-bas.

J’avance malgré les traitements, malgré la pression, malgré tout ce que ça demande. Je fais mon possible, un jour à la fois, pis je continue. »

- Chantale

Annie Desrosiers et Martine Caron - Crédit photo : Frédérik Letendre

Témoignage #6 - La Source

« Travailler à La Source, c’est vivre au rythme des gens qu’on accompagne. Ça bouge, ça demande beaucoup, mais ça donne encore plus.

Mes journées commencent rarement comme je pense qu’elles vont commencer. Je viens pour faire ma comptabilité… et cinq minutes plus tard, j’ai déjà accueilli trois “bonjour”, une petite jasette, une chicane à apaiser, un café improvisé. Les appartements Libére-Toit, c’est vivant, c’est intense et c’est rempli d’humains qui ont besoin qu’on les voie, qu’on les écoute et qu’on les comprenne.

Ici, nos adultes, c’est un peu comme des grands enfants avec toute leur histoire, leurs forces, leurs fragilités. Ils arrivent chacun avec leurs particularités : un TSA, une déficience, une anxiété immense qui amplifie tout, des besoins qui changent d’une heure à l’autre. Mais derrière tout ça, il y a toujours une personne et il y a toujours une lumière.

Au centre de jour, on les voit s’épanouir. Ça a l’air simple : faire des biscuits, aller travailler à la Coop ETC., faire du yoga sur chaise, participer à une kermesse… Mais en arrière de chaque activité, il y a un objectif. Rester actif, garder ses acquis, développer sa fierté, créer des liens, se sentir utile. Et quand je les vois revenir en disant : « Regarde ce que j’ai fait ! », je me dis qu’on fait plus que “gérer un service”, on accompagne des êtres humains à vivre une vie qui fait du sens pour eux.

Ce qui me touche le plus, c’est leur coeur. Ils ont des réactions intenses, des anxiétés, des moments difficiles… mais quand ils se sentent compris et soutenus, ils deviennent tellement beaux dans leur confiance.

Et ici, ils appartiennent à quelque chose, ils ont un sentiment d’appartenance.

La Source, c’est pas juste pour les personnes vivant avec un handicap. C’est aussi pour leurs proches, pour les familles qui portent beaucoup et qui ont besoin de souffler un peu. Et en réalité, La Source, c’est pour tout le monde : peu importe que ton handicap soit visible, invisible, physique, intellectuel, sensoriel… ou même que tu n’en aies pas du tout. À partir du moment où tu te reconnais dans notre mission, où tu veux appartenir à une communauté inclusive et solidaire, tu as ta place ici. On veut pas créer un monde à part : on veut créer un espace où chacun peut se sentir accueilli, utile, compris, et libre de participer à des activités qui ont du sens pour lui.

On offre du répit à domicile pour les personnes qui ne peuvent pas rester seules. On accompagne les familles, on les aide à se déposer, à reprendre leur souffle. Nos services sont là 24/7, parce que la réalité ne s’arrête jamais.

Oui, mes journées sont remplies. Oui, je cours d’un bureau à l’autre. Oui, il y a toujours quelque chose qui arrive. Mais quand je les vois sourire, apprendre, se dépasser, se calmer, s’ouvrir… quand je vois un membre flatter le bras d’un autre pour dire « ça va aller »… quand je vois une famille reprendre son souffle grâce à un service de répit… je me rappelle pourquoi je fais tout ça.

Ce travail-là, malgré tout ce qu’il demande…il est beau. Et chaque jour, même dans le brouhaha, même dans les imprévus, je me sens privilégiée d’être témoin de ça. De voir des gens grandir, se révéler, retrouver un peu de dignité et beaucoup d’humanité.

La Source, c’est exactement son nom. Un endroit où les gens viennent puiser ce dont ils ont besoin : du soutien, de la présence, de la compréhension, de la douceur. Et moi, je suis juste là pour faire en sorte que cette source-là ne s’épuise jamais. »

- Annie Desrosiers, directrice générale de La Source - Association des personnes handicapées du Haut Saint-Maurice

Témoignage #7 - Facile d'Accès

Moi, ce qui me fait lever le matin… c’est le monde, les personnes, avec leurs tempêtes, leurs silences, leurs efforts, leurs petites victoires.

Je travaille en santé mentale depuis longtemps. On parle souvent de “déinstitutionnalisation”… Pour moi, ça veut dire une chose simple : les gens n’ont plus à être cachés dans un hôpital. Ils peuvent vivre dans la communauté. Qu’ils essaient de se refaire une vie. Qu’ils apprennent à habiter un appartement, à faire leur épicerie, à se lever le matin même quand l’intérieur est lourd.

Ici, chez Facile d’Accès et aux appartements Libère-Toit, on accompagne des personnes en hébergement avec soutien léger. Des gens qui veulent avancer, mais qui ont besoin d’un filet. On les aide dans la vie de tous les jours : prendre soin de leur logement, sortir, créer, bouger, reprendre tranquillement leur place dans la société, à leur rythme.

Moi, mon but, c’est pas qu’ils restent accrochés à nous. Ma plus grande fierté, c’est quand quelqu’un devient autonome. Quand il prend ses décisions, quand il recommence à croire qu’il est capable.

Il y a des cas plus faciles et il y en a d’autres qui te rentrent dedans solide. Les troubles de personnalité, entre autres, ça brasse. Tu veux aider, tu veux comprendre, mais tu dois aussi apprendre à te protéger comme intervenante, sinon tu t’écroules avec eux. On ne prend pas la souffrance des gens sur nos épaules… on marche à côté d’eux.

La santé mentale, ça paraît pas toujours. C’est pas écrit dans le front des gens. Mais c’est lourd à traîner, tous les jours. Moi, quand je les vois se lever le matin malgré l’angoisse, malgré les pensées noires, malgré la fatigue d’exister… je leur lève mon chapeau.

Ici, on a aussi créé une salle multisensorielle. Un endroit pour apaiser le corps quand la tête déborde. Des lumières douces, des odeurs, des textures, du mouvement, du silence. Des coussins lourds, de la luminothérapie, de l’aromathérapie. Des fois, ça fait en cinq minutes ce que mille paroles n’arrivent pas à faire.

On travaille avec plein de monde : les travailleurs de rue, les médecins, les psychiatres, les autres organismes. Parce que la santé mentale, ça ne se porte pas tout seul.

Et puis je m’occupe de la Guignolée. Ça fait 17 ans que je suis là-dedans. Avant, on cognait aux portes, aujourd’hui, c’est des listes, des appels, de la coordination sans fin. Cette année, en 2025, plus de 400 demandes pour des paniers de Noël, plus de 1300 personnes nourries, des enfants, des parents et des personnes seules aussi. Et jamais, jamais, on juge. Parce que demander de l’aide… ça prend du courage.

Moi, j’ai toujours le goût de venir travailler. J’ai déjà eu un cancer, je sais à quel point tout peut basculer vite. Alors je prends soin de moi, comme je prends soin des autres. On a tous quelque chose à porter. On a tous une santé mentale et on vit tous des affaires différentes. Tant que tu refuses de voir ta propre fragilité, c’est dur d’avancer. Mais quand tu l’acceptes… là, quelque chose se replace. Moi, je ne pense pas qu’on devrait vivre une journée à la fois, mais une minute à la fois. Parce que les minutes finissent par faire un chemin.

C’est ça, ma vie... aider mon prochain. Marcher à côté des gens, sans juger. Bizarrement… je ne me couche jamais vidée. Parce que quand ce que tu fais a du sens, ça fatigue le corps…mais ça nourrit l’âme. »

- Martine Caron, directrice générale du groupe d’entraîde Facile d’Accès et coordonnatrice de La Guignolée sur le territoire de La Tuque

Sylvie - Crédit photo : Frédérik Letendre

Témoignage #8 - Sylvie

« Moi, c’est Sylvie. J’ai 64 ans. J’ai une déficience intellectuelle légère… mais tu sais, j’ai appris à vivre avec ça. Pendant longtemps, j’ai eu l’impression que je comprenais rien, que je valais pas grand-chose. On apprend en avançant.

J’ai de l’asthme, du diabète de type 2… pis honnêtement, des fois, je trouve ça gros. Aller faire des affaires simples comme aller au dépanneur… avant j’y allais, maintenant j’hésite. Tout me semble plus compliqué qu’avant.

J’ai toujours aimé la musique, la télé, la broderie. Mais je trouve ça difficile parfois avec les autres. Il y a des gens qui ne comprennent pas toujours ce que je veux dire, pis moi, des fois, j’en dis trop. Faudrait que je parle moins pour ne pas mettre de l’huile sur le feu. Je veux tellement aider que je dépasse mes limites sans m’en rendre compte.

Quand j’étais jeune, à l’école, les autres se mettaient souvent à l’écart parce que j’étais différente. Ça, ça reste, ça laisse des traces.

Au secondaire, j’ai passé des tests, pis c’est là qu’ils ont confirmé ma déficience. Ma mère n’a vraiment pas aimé ça, mon père encore moins : “Laisse passer ça” qu’il m’a dit. Comme si c’était rien. Mais pour moi, c’était toute ma vie qui changeait.

J’ai longtemps cru que j’étais pas capable. Je me suis beaucoup auto-sabotée à cause de ça. Mais aujourd’hui… je parle plus. Avant, j’étais renfermée, j’ouvrais pas la bouche. Maintenant, je suis un grand livre. Je raconte tout, je ris, je jase.

La Source, ça m’aide vraiment à ne pas m’isoler. Juste le fait d’être avec du monde, ça me fait du bien. Ici, je suis “normale”… avec mes particularités. On dirait que ça enlève un poids.

Je me dis souvent : Fonce dans la vie, pis laisse faire les autres. On se répète tellement qu’on n’est pas capable… mais c’est pas vrai. On est tous uniques et j’essaie d’y croire un peu plus chaque jour. »

- Sylvie

Les Travailleurs de Rue - Crédit photo : Frédérik Letendre

Témoignage #9 - Joël

« Je m’appelle Joël, j’ai 46 ans. J’ai passé 13 ans dans la rue, mais c’est pas là que tout a commencé. Je suis Atikamekw, métis. Je l’ai senti toute ma vie que j’étais traité autrement. Quand t’es autochtone, pauvre, différent… on te met vite dans une case. On te juge avant même de te connaître.

Avant d’atterrir dans la rue, j’ai été placé très jeune parce que ma mère avait des problèmes d’alcool. Elle faisait ce qu’elle pouvait. Elle avait de la misère, c’est tout. C’est pour ça qu’on a été placés mon frère pis moi. Avec la DPJ, j’ai fait quatre ou cinq familles d’accueil. Quand tu changes de maison comme ça, tu finis par comprendre que t’es jamais vraiment chez vous.

Il y a eu des bonnes familles, comme les Drolet. Avec eux autres, ça m’a ouvert des portes. Ils m’ont montré que du bon monde, ça existe. Mais il y en a eu d’autres… où j’étais plus un fardeau qu’un enfant. Je me souviens d’une punition en particulier : ils m’avaient mis à genoux dans le coin, pis ils avaient mis de la poudre de bébé autour de moi pour savoir si j’avais bougé pendant la nuit. J’avais rien fait, j’étais juste un petit gars. Ces affaires-là, ça reste dans ton corps longtemps.

J’ai jamais vraiment aimé l’école. Quand t’es envoyé d’un bord pis de l’autre, tu finis par décrocher. C’est pas une vie pour un enfant.

Plus vieux, j’ai fini dans la rue. Je suis parti pour Montréal. Je m’en rappelle encore comme si c’était hier : le 1er février, quand je suis arrivé, il mouillait. Je me suis retrouvé à marcher, à virer de centres communautaires en centres communautaires, à attendre que quelqu’un ait une place pour moi. À Montréal, au moins, il y a des restos ouverts 24 heures. Quand t’as pas une cenne, tu t’assois là juste pour te réchauffer. Tout le monde mange autour de toi, pis toi t’attends que tes mains dégèlent. C’est humiliant… mais tu fais ce que t’as à faire pour survivre.

À La Tuque, la nuit, il n’y a rien d’ouvert. Alors les gens “crèchent” chez du monde, dorment sur des divans, se faufilent où ils peuvent pour se mettre à l’abri. J’ai fait ça longtemps moi aussi : dormir sur des divans de connaissances, me faire petit dans un salon pour “pas déranger”, passer la nuit comme ça juste pour tenir jusqu’au lendemain. L’itinérance… c’est pas juste dormir dehors : c’est apprendre à survivre, une nuit à la fois. Pis quand j’avais besoin d’argent, j’appelais pour des petites jobs à la journée. Tu te lèves tôt, t’appelles, pis si t’es chanceux, tu travailles le même jour. Ça m’a aidé à tenir.

La nuit, c’est le pire moment quand t’es en itinérance. Ça bouge, ça crie, ça vole, ça surveille tout. C’est l’heure où tu réalises que t’as pas de place à toi.

Je n’ai jamais été du genre à quêter. L’orgueil embarque. Mais ça, ça te lâche quand t’as plus rien. Je me souviens d’un gars de Trois-Rivières : il m’a écouté raconter un bout de ma vie… il m’a tendu la main, pis quand j’ai serré la sienne, il avait glissé un 20 $ dedans. Ce geste-là, je l’ai jamais oublié. Ça m’a redonné un morceau d’humain.

En avril 2025, je suis revenu à La Tuque. Même si la vie m’a séparé de ma mère, aujourd’hui, je vis avec elle. La vie ramène parfois des morceaux qu’on pensait perdus. Ici, Les Travailleurs de Rue, ça me rappelle ma gang. Prendre un café, jaser, juste sentir que t’existes, que t’es pas tout seul ça fait du bien, ça fait une différence.

J’ai vécu des choses qu’un enfant devrait jamais vivre. J’ai dormi dans des endroits où personne devrait dormir. J’ai survécu à des nuits où j’étais certain que j’y passerais. Je suis pas parfait, j’ai pas eu une vie facile…mais je suis encore debout. Je sais pas ce que l’avenir me réserve. Mais au moins, je suis plus dans la rue. Ça, c’est déjà pas rien. »

- Joël

Les Travailleurs de rue - Crédit photo : Frédérik Letendre

Témoignage #10 - Les Travailleurs de rue

« Pour vrai… ce que mon équipe fait chaque jour, c’est quelque chose que tu comprends juste quand tu le vois.

Mes intervenants, ils sont partout. Dans les rues, dans les parcs, devant les dépanneurs, dans les écoles… Ils vont vers le monde, là où ils sont, comme ils sont. C’est ça, le travail de rue : t’attends pas que quelqu’un vienne te voir, tu vas t’asseoir à côté de lui dans sa réalité.

Pis souvent, on est le premier regard qui juge pas. La première écoute que quelqu’un reçoit depuis des années. Juste ça… ça change tout.

On accompagne tellement de monde différent. Oui, des gens qui dorment dehors… mais beaucoup d’itinérance cachée aussi. Des personnes qui couchent sur des divans, qui passent d’une maison à l’autre, qui marchent la nuit juste pour ne pas geler ou déranger. À La Tuque, la nuit, y’a rien d’ouvert.

On se fait souvent dire : “L’itinérance, c’est dormir dehors.” Mais non, c’est des nuits sur un divan où t’es toléré à moitié, des matins où t’as rien mangé, des jours où tu parles à personne. C’est rentrer dans un McDo juste pour te réchauffer, en espérant qu’on te mette pas dehors parce que t’as rien acheté. C’est essayer de survivre sans faire trop de bruit… en silence.

Heureusement, on a Le Phare. Depuis que c’est ouvert, c’est devenu un vrai refuge. Les gens viennent prendre un café, manger un petit quelque chose, faire une brassée, prendre une douche… ou juste s’asseoir un peu. On a même deux lits de camp pour ceux qui ont nulle part où aller. C’est pas une solution à long terme, mais des fois, ça évite une nuit qui aurait pu être vraiment trop rough.

On fait plus de 2 000 interventions par année, mais pour nous autres, c’est jamais juste “une intervention”, c’est un moment, un café partagé, une crise qu’on aide à calmer, quelqu’un qui fond en larmes pour la première fois depuis vingt ans, une marche sous la pluie parce que la personne avait juste besoin de ne pas être seule. C’est ça, notre job : être là quand ça compte.

Oui, on aide avec les papiers, les rendez-vous, la recherche d’un logement, la justice, la santé… Pis on va dans les écoles parler de respect, de différences, d’identité. Parce qu’on le voit : quand tu changes les mentalités, tu changes des vies.

Le plus gros défi ? Le financement. On se bat constamment pour garder nos postes, garder Le Phare ouvert, garder nos services vivants. Parce que quand le budget coupe… ben c’est du vrai monde qui tombe dans le vide.

Je regarde mon équipe, je les vois aller… et je suis tellement fière d’eux. Ils portent des histoires lourdes, mais ils arrivent toujours à donner de l'humanité, sans jugement et avec coeur.

Je suis directrice des Travailleurs de rue, pis ce que j’aimerais que les gens comprennent… c’est simple : On travaille avec des humains qui ont juste besoin d’un peu de chaleur. Pis des fois, juste ça… ça peut sauver quelqu’un. »

- Vicky Otis, directrice générale des Travailleurs de rue

Max / Claire - Crédit photo : Frédérik Letendre

Témoignage #11 - Max* / Claire*

« Pour moi, tout a commencé à la fin du primaire. J’ai eu ma première copine et je pensais que tout était normal. Mais en arrivant en secondaire 1, quand la puberté a commencé, mon corps s’est mis à changer… et là, ça a vraiment commencé à être bizarre. C’était confrontant. Je sentais que quelque chose ne fonctionnait pas. Que ça ne marchait pas dans mon corps. Comme si je vivais dans une enveloppe qui n’était pas la mienne.

Je ne comprenais pas ce que je vivais. Je passais des heures sur Internet à taper : “Pourquoi je me sens comme ça ?” et “C’est quoi ce sentiment-là ?” C’était la seule place où j’osais chercher des réponses.

Au début, je pensais que c’était une question d’orientation sexuelle. J’en parlais à ma blonde de l’époque, puis à mes amis. Ce sont eux qui ont été les premiers à m’écouter vraiment.

Quand j’ai fini par parler à ma mère pour lui dire que je pensais être un garçon, ça n’a pas été facile. À la maison, tout est devenu awkward. Mes parents ne comprenaient pas. Ils se fâchaient quand mes amis m’appelaient par mon prénom masculin. Pour eux, j’étais encore Claire. Pour moi, j’étais déjà Max. Deux réalités qui ne se rencontraient pas.

J’ai choisi mon nom en tapant “nom de garçon” sur Google. Quand j’ai vu Max, ça m’a frappé : simple, clair, je me reconnaissais. Comme si je me retrouvais un peu.

Aujourd’hui, j’ai 16 ans et j’ai fait beaucoup de chemin. Je n’ai pas vécu d’intimidation, j’ai été chanceux. Sur papier, Max n’existe pas encore, mais je ne suis pas pressé. Je veux finir mes études avant de penser aux prochaines étapes.

La vérité, c’est que c’est un processus que j’ai fait pas mal tout seul. Il n’y a pas tellement de ressources à La Tuque. Les organismes comme GRIS Mauricie–Centre-du-Québec ou Trans Mauricie–Centre-du-Québec viennent ici, ils sont surtout à Trois-Rivières. Ici, on manque de réseautage, on manque d’espaces où se reconnaître.

Mais heureusement, il y a la MDJ (Maison des jeunes) et le comité LGBTQ+ à Champagnat. Là-bas, c’est ma deuxième famille. Un endroit où je peux respirer, être moi, me sentir vu, compris, soutenu. Ce qui m’a aidé le plus, c’est ça… la MDJ, mes amis, la musique et le dessin.

Sans eux, mon histoire ne serait pas la même. »

- Max* (anciennement Claire*) *noms fictifs

Comité LGBT - Crédit photo : Frédérik Letendre

Témoignage #12 - Comité LGBT

« Quand j’étais jeune, je trouvais que j’avais une attirance vers les autres filles. J’étais un peu confuse. Plus tard, j’ai découvert que ça se pouvait aimer une autre fille, j’ai fait des recherches sur le web et j’en ai parlé à mes grands-parents qui m’ont écoutée. » explique Laura.

« Moi j’ai toujours su que j’étais lesbienne. J’ai fait mon coming-out dans la classe pour faire taire les rumeurs. Pour tous les petits commentaires, je peux dire qu’on me supporte comme je suis. Certaines personnes en parlent dans mon dos et ont des petits commentaires homophobes, mais je m’en fous. Si t’as quelque chose à me dire, dis-le moi dans la face sinon je te prendrai pas au sérieux. » dit Janie.

« Nous autres ici, en tant que membres du comité LGBT de l’école, on est des gens comme tout le monde. Par contre, aux yeux de certains, parce qu’on fait partie du comité, c’est comme si on était des PNJ, des personnages non-jouables ou des NPC dans des jeux vidéos : on est là, mais on est des figurants. Parce qu’on n’est pas considérés comme des leaders, notre opinion ne compte pas, on n’est pas importants. Nous ça nous tente pas de nous imposer. » ajoute Laura.

« Il y a des gars dans ma classe qui sont un peu efféminés. Tout de suite, ils sont catégorisés comme fifs et comme gais. Personne n’est à l’abri. Même le plus straight de la classe, si certaines personnes le voient juste dessiner, elles vont le catégoriser comme étant gai. » mentionne Ariane.

« C’est vrai, il n’y en a pas de gars dans le comité, mais les préjugés sur les gars gais sont beaucoup plus durs. Les insultes, l’intimidation, l’homophobie, c’est principalement par rapport à eux parce qu’il y a ce préjugé qu’un gars doivent être tough et pas montrer leurs émotions. » illustre Laura sur ce qu’a dit son amie.

Marie se joint à la conversation en ajoutant : « Moi je ne suis pas lesbienne, je suis membre du comité comme alliée parce que mon amie fait partie des communautés, mais c’est vrai que les commentaires dans les écoles peuvent être effrayants. Les profs de l’école font beaucoup d’efforts pour nous aider, mais c’est pas parce qu’on en parle que ça fait de quoi. Le message qu’on devrait dire aux élèves c’est “GRANDISSEZ UN PEU ! ON SE PRÉPARE À ÊTRE DE FUTURS ADULTES”. »

Ce qui est dit fait réagir Élise : « C’est un problème de génération selon moi. Au primaire, je faisais juste me promener dans un parc pis je me faisais traiter de pute par des enfants de troisième année. C’est pas normal ! Si au primaire, il y a des propos sexuels qui sortent comme ça, qu’est-ce qui se passe à la maison ? Plus tard, ça va être tough si ça continue comme ça. »

« Nous, nos parents, ils sont ouverts d’esprit. Mais quand tu regardes ça, un bébé, de base, c’est innocent. Ce sont les parents qui leur transmettent des valeurs. » indique Marie pour terminer et pour nous faire réfléchir.

Dahlia termine le sujet : « Moi je suis pansexuelle. Je suis attirée par la personne, peu importe son genre. Mais les gens eux savent pas ce que c’est. Mais ils vont quand même me demander de choisir entre les deux tout le temps parce qu’ils ne me trouvent pas normale. J’ai hâte de finir mon secondaire juste pour partir de La Tuque. »

- Laura*, Janie, Ariane*, Élise* et Dahlia* *noms fictifs

Gabrielle Lemonde - Crédit photo : Frédérik Letendre

Témoignage #13 - École secondaire Champagnat

« Je m’appelle Gabrielle et je suis intervenante à l’école Champagnat. Pis pour vrai… ce que je fais ici, c’est bien plus que de l’intervention. C’est être au milieu de tout ce qui bouge, tout ce qui craque, tout ce qui se transforme chez les jeunes.

Je fais de l’éducation sexuelle, de la prévention, j’interviens dans les comportements, j’écoute, je rassure, je recadre… Mais surtout, je suis là pour faire le pont entre leur vie intérieure et le reste du monde. Pour leur dire : “Ce que tu vis est réel. Et t’as le droit d’être accompagné là-dedans.”

L’école me donne beaucoup de liberté, tant que c’est encadré. Et je mesure chaque jour la chance que j’ai, parce que ça me permet de créer des espaces où les jeunes peuvent enfin déposer ce qu’ils portent.

Dans les ateliers, c’est là que ça arrive le plus souvent : une phrase, un exercice, un rire… et soudain, une confidence. Une petite fissure qui s’ouvre. Un “j’ai besoin d’aide”. Et moi, je suis là pour attraper ça.

On est quatre intervenants à l’école : une agente de services sociaux, une agente de réadaptation, deux autres du milieu… On fait ce qu’on peut, avec ce qu’on a. On est au coeur de l’école, littéralement. On voit les tremblements avant que ça craque. On entend ce qui ne se dit pas en classe. On devine ce que les ados essaient de cacher.

On travaille avec des jeunes anxieux, des sous-groupes, des élèves qui ont besoin d’un niveau 2-3 d’intervention. C’est pas “pour tout le monde”. C’est du spécifique, du délicat, du fragile. Et oui… parfois, il y a des situations extrêmes, des suivis lourds. Des moments où l’on espère sincèrement que le jeune tienne le coup.

Ici, l’école n’est pas juste un endroit où on apprend les maths pis le français. C’est un lieu où on apprend à vivre ensemble. On parle de comportements, de respect, d’identité. On a un programme de comportements qui reflète ce qu’on veut transmettre comme valeurs. Et chaque jour, je me lève en me disant que c’est important.

Ce que j’aime de Champagnat, c’est qu’on est une équipe soudée. La direction est ouverte, respectueuse, rassembleuse. On peut parler vrai, on peut nommer ce qu’on voit. On n’est pas seuls là-dedans. Avec plus de 460 élèves, ce climat-là… ça vaut de l’or.

Le comité LGBTQ+ est jeune à l’école, tout nouveau. Mais il pousse vite. On veut sensibiliser, créer un milieu sécuritaire, normaliser la différence. Et je le vois dans les yeux des jeunes : il y en a qui commencent à s’assumer, à s’afficher, à respirer un peu mieux. C’est fragile… mais c’est beau.

Est-ce qu’il y a de la discrimination? Oui. Et ça fait mal à voir. Mais c’est parce qu’ici, il y a plus de diversité. Plus de réalités, plus de vécus différents. Et ça demande du courage, des conversations, des interventions.

On dit souvent qu’on est nos propres outils. C’est vrai. Je travaille avec ce que je suis, ce que j’ai vécu, ce que je ressens. Je travaille en équipe dès qu’on voit quelque chose qui cloche. On ne laisse pas un jeune se débattre seul dans ses affaires.

Au fond, mon travail, c’est d’être là quand un jeune décide enfin de lever les yeux et de dire : “J’pense que j’ai besoin de quelqu’un.” Et d’être cette personne-là. Jusqu’à ce qu’il reprenne assez de force pour avancer par lui-même. »

- Gabrielle Lemonde, animatrice du développement personnel et de l’engagement communautaire à l’école secondaire Champagnat (CSS de l’Énergie)


L'équipe du Complexe culturel Félix-Leclerc tient encore une fois à remercier tous les organismes et les organisations qui ont contribué à la réalisation de ce photoreportage : La mesure Être mieux...ensemble!, la Corpopration de développement communautaire La Tuque (CDC La Tuque), le Complexe culturel Félix-Leclerc, le Carrefour d'action bénévole du Haut-St-Maurice (CABHSM), le Toit de l'Amitié - Maison d'aide et d'hébergements pour femmes victimes de violence conjugales, la Maison des Jeunes - Défi-jeunesse du Haut-St-Maurice, Facile d'Accès La Tuque, La Source - Association de personnes handicapées du Haut-St-Maurice (APHHSM), Les Appartements Libère-Toit, l'école secondaire Champagnat et Centre de services scolairesde l'Énergie (CSS Énergie), les Travailleurs de Rue de La Tuque et la Campagne du Gâteau Latuquois (en partenariat avec La Guignolée). Un merciparticulier à FL Photographie et à Concept Graphik.

Le milieu communautaire est présentement à boutte ! Nous les soutenons et sommes solidaires au boutte !

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